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L’IDÉOLOGIE CONTEMPORAINE - Page 2

L’Intériorité maintenant


L’intériorité se développe quand l’enfant est capable d’engager un dialogue avec lui-même.

Avant d’y parvenir, il lui faut d’abord s’éveiller, se révéler à lui-même, entre père et mère, se nourrir psychiquement à leur contact.
N’oublions pas qu’au début, il est dans une relation de fusion avec sa mère.D’ailleurs, il ne se distingue ni de sa mère ni des personnes, ni des matériaux de son environnement.
Progressivement, et surtout si le milieu s’y prête, l’enfant commencera à établir le lien avec lui-même.

Lui-même, c’est très vite le centre de tous les intérêts et de tous les désirs. L’idéal pour lui c’est lui. Il porte désormais un deuxième nom : Narcisse.
Mais, en se soumettant aux interdit signifiés par les figures parentales, surtout par le père, il va percevoir en lui-même une instance suprême, une instance à laquelle il se référera pour tout. Cette instance c’est l’Idéal du Moi.
Ainsi le narcissisme se trouve-t-il déplacé, au moins partiellement, du moi vers l’Idéal du Moi.
En renonçant à une partie de son narcissisme, le sujet accepte l’écart entre ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.
Il peut alors dialoguer avec lui-même.
Il peut aussi intégrer la dimension sociale dans son psychisme.

Si, pour quelque raison, le passage du moi vers l’Idéal du Moi ne s’opère par convenablement, le narcissisme se manifestera tôt ou tard par :
     - des conduites dépressives.
     - des tendances à l’homosexualité et d’autres tendances masochistes à la mode.

De façon générale, le lien social sera difficile, superficiel, précaire.
Les problèmes de société seront amplifiés à cause de la fragilité structurelle des personnalités narcissiques.
En effet, la personnalité n’ayant pas été élaborée parce que l’environnement culturel ne s’y prêtait pas, la différentiation et l’individualisation sont entravées.
Du coup, c’est la confusion du « Tous ensemble » qui prévaut.
Ce sont alors les états premiers qui sont magnifiés. Ce sont les pulsions partielles qui sont sollicités et exploitées.
On opère ainsi un déni de culture et un déni de l’histoire.
C’est une véritable déstructuration, si chère aux structuralistes, qui est opérée.
Le modèle de référence c’est le modèle de Deleuze et Gattari, justifié dans :« L’Anti-Œdipe, Capitalisme et Schizophrénie », aux Editions de Minuit.

Maintenant, nous pouvons aborder la crise de l’intériorité

Beaucoup de jeunes ne savent plus s’intérioriser. Car, penser, prendre possession de soi, réfléchir sur le sens, « cela prend trop la tête », disent-t-ils. Alors, on s’exhibe parce que la mode est à la transparence. On laisse penser que l’on pourrait avoir accès à la vérité entière d’une chose en la pénétrant de part en part, comme si on pouvait passer à travers les êtres et les choses sans rencontrer des difficultés insurmontables, comme si les êtres et les choses étaient un prolongement de soi-même.

Or, la transparence ce n’est pas la vérité. Pourquoi ?
• Parce que la vérité
     - Elle se laisse approcher
     - Elle se révèle
     - Elle se déduit
     - Elle se vérifie pour qui a la chance d’y parvenir, mais la vérité ne se possède pas : parce que la vérité est du côté de l’être; elle n’est pas du côté de l’avoir.

On fait croire aussi que tout peut se dire, tout peut s’entendre.

Ce faisant, on opère une confusion du public, du privé et même parfois de l’intime.
PeoLes gens sont davantage nommés par leur prénom, les gens se tutoient ; les gens s’embrassent. Comme des enfants ! Ils agissent à l’instar de ce qu’ils voient à la TV.
Or, la relation vraie, elle n’est possible que dans la distance.
Si par nécessité l’on est amené à parler de son intimité au médecin, à l’avocat, ou au psychologue, il existe, dans chaque cas, un langage approprié.
Si les gestes de la vie privée et de la vie intime sont appliqués à la vie sociale, quels gestes resteront pour exprimer et pour ritualiser la vie amicale, la vie familiale, la vie conjugale?
Une part de secret est toujours indispensable pour prendre possession de soi.

Par ailleurs, il se trouve que la psychologie de chacun d’entre nous est traversée par de images, des représentations, des fantasmes.

Or, le fantasme c’est un scénario très souvent inconscient.
Un scénario qui sous-tend des pensées et des actions.
Il n’a nullement vocation à se réaliser, ni à être raconté.

En marquant son espace physique et son espace psychique, l’enfant devient pudique.

Il prend possession de soi, il prend possession de lui-même ; sa personnalité apprend à se tenir dans des limites.
Il apprend à conjuguer sa personnalité avec les trois sphères qui composent son espace mental, c'est-à-dire la sphère publique, la sphère privée et la sphère intime.
Une part de secret à l’intérieur de chaque sphère permet à l’individu de se posséder en distinguant ce qui vient de lui et ce qui vient des autres.
Tout dire et tout se dire, c’est, en fait, la pire des tromperies contre soi-même.

Après avoir tout dit et tout s’être dit, les individus se retrouvent encore plus seuls et plus vidés.
Celui qui cherche, sous couvert de vérité et de sincérité, à dévoiler, à montrer, de façon impudique, l’intime de l’intime, pour entraîner l’autre dans son univers narcissique, c’est l’authentique pervers.
Exemple-type de l’attitude médiatique perverse : l’émission « Bas les Masques » ou l’émission « Ça se discute » de Delarue.
Les invités sont conviés à raconter leur vie selon des thèmes sélectionnés.
Or, cette façon d’opérer c’est exactement celle du voyeur qui décortique dans les pleurs et la souffrance, qui s’empare du vécu intime des personnes, en voulant, de question en question, toujours en savoir plus !